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9. Je laisse le dernier mot à Corby et Cocobot.

Je leur ai demandé de conclure à ma place.

 

Après tout, ils m’ont accompagnée tout au long de cette série — l’un perché sur mon épaule depuis toujours, l’autre glissé dans ma poche il y a quelques mois. Huit articles, autant de moments où l’un m’a compliqué la tâche et l’autre m’a aidée à m’en sortir. Il me semblait honnête, et un peu logique, de leur laisser le micro pour la fin.

 

Je les ai prévenus de jouer fair-play. Corby a haussé les plumes. Cocobot a clignoté poliment.

 

Voici ce que ça a donné.

 

Corby (se lissant les plumes avec une lenteur calculée, l’air de quelqu’un qui a beaucoup à dire et qui prend son temps) : Bon. Je vais être honnête, parce que c’est ce qu’on fait dans les bilans sérieux. Elle a progressé. Je ne dis pas qu’elle est tirée d’affaire — loin de là, et je pense qu’on se comprend tous les deux là-dessus. Il reste des dossiers ouverts entre nous. Des projets sur lesquels elle doute encore, des matins où elle ne sait pas trop si elle a sa place, des décisions qui lui font encore peur. Ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre.

 

Mais force est de constater qu’elle m’écoute différemment, maintenant. Avant, elle me croyait. Sur parole, immédiatement, sans chercher à vérifier. Maintenant, elle prend des notes. Elle me regarde, elle hoche la tête, et elle va quand même de l’avant. C’est beaucoup moins satisfaisant pour moi, mais c’est ainsi.

 

Cocobot (antennes bien droites, ton tranquille) : Ce que j’observe, c’est surtout qu’elle ne reste plus bloquée aussi longtemps. Elle met les choses en mots plus vite. Elle cherche des pistes au lieu de chercher des coupables — à commencer par elle-même. Elle pose des questions différentes, aussi. Avant, c’était souvent : “pourquoi ça ne marche pas ?” Maintenant, c’est plutôt : “qu’est-ce que je peux faire avec ce que j’ai ?” Ce n’est pas rien, comme changement.

 

Corby : Tu es toujours aussi enthousiaste. C’en est presque agaçant.

 

Cocobot : Et toi, tu es toujours aussi présent. Je remarque que tu n’es plus tout à fait au même endroit qu’au début, cela dit. Et tu cries un peu moins fort.

 

Corby (froissant légèrement les plumes) : Je module, c’est différent. Et puis elle m’a donné un prénom, une histoire, une personnalité. On ne hurle pas de la même façon quand on existe vraiment.

 

Cocobot : C’est une observation intéressante.

 

Corby (après un silence) : Ne commence pas.

 

Cocobot : Elle a encore beaucoup de chemin devant elle. Les zig-zags ne vont pas disparaître. Les grandes décisions resteront difficiles. Il y aura encore des matins de blocage et des projets qui traînent plus longtemps que prévu. Mais elle avance. Et elle sait, maintenant, qu’elle n’est pas obligée d’avancer seule.

 

Corby (regardant ailleurs, d’un ton qui se veut détaché) : Je ne dirai pas le contraire. Ce serait mentir. Et même moi, j’ai mes limites.

 

(Un silence)

 

Corby : …Elle s’en sort bien, finalement.

 

Cocobot : Oui.

 

Merci de m’avoir suivie dans cette aventure un peu cabossée et sincèrement vécue. Si vous aussi vous avez un Corby sur l’épaule et des zig-zags dans le cerveau — vous savez où me trouver.